Notre devoir envers le Coran
Le 3 Djamadah al-Oula 1437 H (12/2/2016).

awkaf-

Le Coran est le miracle ultime et perpétuel de l’Islam. Les hommes et les djinns se sont avérés incapables de faire une chose pareille :

 « Si les hommes et les djinns se concertaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient y parvenir, même s’ils se prêtaient mutuellement assistance[1]. ».

  Ils étaient même incapables de produire dix ou même une seule sourate aussi miraculeuse :

 « Diront-ils : « C’est Muhammad qui a inventé ce Coran ! » Réponds- leur : « Eh bien ! Inventez vous-mêmes dix sourates pareilles ! Et faites- vous aider par qui vous pourrez, hormis Dieu, si vous êtes véridiques[2] ! », « Et si vous êtes dans le doute au sujet de ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, essayez donc de composer une seule sourate semblable à une sourate du Coran, et faites venir les témoins que vous vous êtes donnés en dehors de Dieu, si vous êtes véridiques[3]. ».

 Le Coran a été révélé par Allah à Son Prophète Mohamad pour guider les gens vers le droit chemin et donner à la vie un sens plus sublime. Il est, pour les Musulmans, la constitution qui éclaircit l’esprit, purifie l’âme et inspire la bonne moralité. A ce propos, Allah, le Très-Haut, dit :

 « [1] Alif – Lâm – Mîm.  [2] Voici le Livre qui n’est sujet à aucun doute. C’est un guide pour ceux qui craignent le Seigneur ; [3] ceux qui croient à l’invisible, qui s’acquittent de la salât et qui effectuent des œuvres charitables sur les biens que Nous leur avons accordés[4]. », « En vérité, ce Coran conduit vers la voie la plus droite ; et annonce à ceux qui croient et font le bien qu’ils auront une belle récompense[5]. ».

 Quiconque s’attache à ce Coran se met à l’abri des tentations, retrouve son âme croyante et la lumière qui le guide vers le droit chemin. A cet effet, Allah, Exalté soit-Il, dit :

 « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Esprit le Coran par un effet de Notre ordre, alors qu’auparavant tu ne connaissais ni l’Écriture ni la foi. Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et toi, en vérité, c’est vers la Voie droite que tu guides les hommes, [53] vers la Voie de Dieu, le Maître de ce qui est dans les Cieux et sur la Terre, et vers Lequel inéluctablement tout fera retour[6]. ».

 Très émus à l’écoute du style éloquent et miraculeux du Coran, quelques djinns ont fini par y croire et se soumettre solennellement à ses enseignements qui guident vers le droit chemin. De retour chez eux, ces djinns, comme l’indique le Coran, sont allés en informer leur peuple :

 « Souviens-toi de ce groupe de djinns que Nous dirigeâmes vers toi pour entendre réciter le Coran et qui, une fois en ta présence, dirent : « Soyons attentifs ! » Et quand la lecture fut achevée, ils s’en retournèrent auprès des leurs pour les avertir. [30] « Ô notre peuple, dirent-ils, nous venons d’entendre un Livre révélé après Moïse, qui confirme les Écritures anciennes, mène tout droit à la Vérité et conduit à la voie de la rectitude ! [31] Ô notre peuple ! Répondez à l’Apôtre de Dieu et croyez en lui ! Dieu absoudra une partie de vos péchés et vous épargnera de cruels tourments. [32] Ceux qui ne répondent pas à l’appel de Dieu ne sauraient ni défier la puissance du Seigneur sur Terre ni trouver d’alliés en dehors de Lui. Ceux-là sont manifestement des égarés[7]. ».

 Les anges s’émouvaient également à l’écoute du Coran. Ousayd Ibn Houdayr rapporta qu’il récitait le soir la sourate al-Baqara. Son cheval était attaché à côté de lui quand soudain celui-ci trépigna. Il se tût et le cheval se calma, mais quand il reprit la récitation, le cheval trépigna de nouveau. Il s’arrêta et le cheval se calma. Il recommença de nouveau et le cheval devint agité. Il s’arrêta alors. Son fils Yahya se trouvait près du cheval et il avait peur que le cheval ne le blessât. Il éloigna le garçon du cheval et leva sa tête vers le ciel pour voir ce qui agitait la bête. Le lendemain matin, Ousayd alla en informer le Prophète qui lui dit à deux reprises : « Tu aurais dû continuer la récitation. ». Mais, reprit Ousayd, ô messager d’Allah, Yahya, mon fils, était proche du cheval, j’avais peur qu’il ne soit blessé, je me levais et me dirigeais vers lui, puis, je levais mon regard vers le ciel et vit quelque chose qui ressemblait à une ombre contenant ce qui ressemblait à des lustres et qui se dissipa peu à peu jusqu’à ce que je ne la voyais plus. Le Prophète dit « Sais-tu ce que c’était ? » « Non », « C’était des anges qui s’approchaient de toi pour entendre ta voix et si tu avais continué à réciter jusqu’au matin, les gens les auraient vus, ils ne se seraient pas cachés d’eux[8]. ».

 Allah, le Très-Haut, se porte garant de la sauvegarde de Sa Parole sacrée contre l’altération et la falsification. A cet effet, Il dit :

 « Nous avons révélé le Coran et nous nous portons garant de sa sauvegarde[9]. ».

 Le Coran est la parole véridique. Quiconque le met en pratique en sera récompensé, quiconque juge d’après lui est juste et quiconque appelle les gens à y croire les guide par-là vers le droit chemin. Le Coran est une miséricorde ou bien un remède aux maux. A ce sujet, Allah dit :

 « Ce Coran que Nous révélons apporte aux croyants guérison et miséricorde[10]. ».

 Les nombreux noms glorieux donnés au Coran reflètent certainement la place méritoire qu’il occupe dans l’esprit des fidèles :

  « C’est un Livre aux versets solidement établis, suffisamment détaillés, émanant d’un Sage parfaitement Informé[11]. », « Ceux qui ont rejeté le Coran, quand il leur est parvenu, ne savaient pas que ce Livre est d’une valeur inestimable, [42] inaccessible à toute erreur, d’où qu’elle vienne, en tant que Révélation émanant d’un Sage, Digne de louange[12]. ».

 Le Prophète Mohammad nous a parlé aussi de nombreuses vertus et des bienfaits généreux du Coran dans la vie d’ici-bas et dans celle de l’au-delà. De ces vertus, on peut mentionner par exemple :

 _ Le Coran élève le rang du fidèle : « Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et qui le fait apprendre[13]. ». ‘Abdullah Ibn ‘Omar rapporte que le Prophète dit : « Le Jour Dernier, on dira au lecteur assidu du Coran : « Lis et monte (les degrés du Paradis). Récite clairement comme tu le faisais dans le bas-monde. Ta place au Paradis te sera fixée au dernier verset que tu liras[14]. ».

 _ Le Coran intercède en faveur de ses fidèles récitateurs : « Récite le Coran ; car il viendra, le Jour Dernier, intercéder en faveur de ses fidèles récitateurs[15]. ».

 _ Allah accorde une récompense généreuse à la personne qui récite le Coran : « Quiconque prononce une seule lettre du Coran fait par-là une bonne action qui, auprès d’Allah, a dix fois son salaire. Je ne dis pas que « Alif Lam Mim » est une lettre, mais Alif (أ) est une lettre, Lam (ل) est une lettre et Mim (م) est une lettre[16]. ».

 _ La maison où on récite le Coran est toujours animée de vie et de bonheur : Abu Horayra rapporte que le Prophète dit : « Ne faites pas de vos demeures des endroits muets comme des tombes ; car Satan fuit la maison où la sourate al-Baqara est récitée[17]. ».

 Dans le même sens, Ibn Sirine dit : « La maison où le Coran est récité est toujours fréquentée par les anges, abandonnées par les démons et comblée de bienfaits et d’aisance.  Par contre, la maison où on ne récite pas du Coran est fréquentée par les démons, abandonnée par les anges et frappée d’indigence[18]. ».

 En jetant un regard réfléchi sur l’attitude des Compagnons du Prophète envers le Coran, on peut découvrir qu’ils ne se contentaient pas de la simple récitation ou de la simple écoute ; mais ils s’y attachaient corps et âme et mettaient ses enseignements en pratique. ‘Omar Ibn al-Khattab a appris par cœur la sourate al-Baqara au cours de 8 ans, ce qui nous faisait croire qu’il était faible en mémoire. Pas du tout. A peine terminait-il la mémorisation d’un verset qu’il reportait plus tard la mémorisation du verset suivant jusqu’à ce qu’il mettait ce qu’il venait de mémoriser en pratique. A cet égard, ‘Abdul Rahman as-Salmi dit : « Après avoir appris par cœur dix versets du Coran, nous cessions de mémoriser d’autres jusqu’à ce que nous mettions ce que nous venions d’apprendre en pratique[19]. ».

 Les Compagnons comprenaient bien les sens visés par les versets coraniques. Ils s’empressaient d’obéir à Allah et d’éviter Ses interdits. Au moment où on a fait proclamer dans la ville l’interdiction de consommer du vin, les Compagnons ont répondu tout de suite à l’ordre divin. Les bouteilles de vin ont été jetés par terre, les bouches ont craché le liquide vineux, les grands jarres de vin ont été renversés et cassés en plein rue. De toutes les rues de Médine s’exhalait l’odeur du vin versé.

 Également, les Compagnons ont fait preuve de soumission exemplaire à cet ordre divin :

 « Vous n’atteindrez la vraie piété qu’en faisant aumône d’une part des biens que vous aimez. Et quelque aumône que vous fassiez, Dieu en est parfaitement Informé[20]. ».

 Abu ad-Dahdah a fixé son choix sur le jardin le plus joli et le plus cher pour lui afin d’en faire aumône pour la satisfaction d’Allah. En vérité, le Coran, pour les Compagnons, n’était pas une simple parole à réciter ; mais plutôt un mode de vie à suivre sur le plan dogmatique, éthique et pédagogique.

 Allah, le Très-Haut, a réservé aux fidèles qui s’intéressent au Coran une place très distinguée. Anas Ibn Malek rapporte que le Prophète dit :

 « Allah préfère une catégorie de personnes. », « Laquelle ô Messager d’Allah ? Interrogèrent les Compagnons. « Les Gens du Coran. Ce sont les plus proches et les plus privilégiés auprès de Lui[21]. ».

Quel honneur d’être parmi les privilégiés du Seigneur et d’occuper cette place honorable !

 Notre devoir envers le Coran :

    Il faut apprendre le Coran et le faire apprendre à autrui. Il faut le réciter assidûment et étudier ses enseignements. Les meilleurs des gens sont ceux qui ont pris pour mission de l’apprendre parfaitement pour l’enseigner aux gens. A ce propos, le Prophète dit :

 « Les meilleurs parmi vous sont ceux qui apprennent le Coran et tâchent de l’enseigner aux gens. ». Abu Moussa rapporte que le Prophète dit : « Gardez bien le Coran en mémoire ! Je jure par Celui qui détient mon âme dans Ses mains qu’on risque toujours de l’oublier aussi vite que le chameau qui s’échappe de son enclos[22]. ».

 En effet, le Coran est l’un des composants de la personnalité musulmane et la source dont le Musulman dégage les enseignements et l’éthique de sa religion. Il incombe donc à tout Musulman et à toute Musulmane d’apprendre bien ses règles de récitation et d’écarter la pensée qu’il s’agit d’une tâche pénible. Plusieurs sont les personnes qui ont essuyé toutes les peines du monde pour apprendre une langue étrangère ou une science quelconque dans l’espoir d’occuper un poste leur assurant un bon salaire. Ces personnes-là trouvent-elles l’apprentissage du Coran plus pénible que l’apprentissage d’une nouvelle langue ?! Aicha rapporte que le Prophète dit :

« Celui qui récite le Coran parfaitement sera en compagnie des généreux anges et celui qui le lit avec difficulté aura deux récompenses[23]. ».

 Allah, Exalté soit-Il, nous a facilité la récitation et la compréhension du Coran comme l’indique bien ce verset :

 « Nous avons fait du Coran une œuvre facile à comprendre pour qu’il serve de rappel. Seulement est-il quelqu’un pour méditer ce rappel[24] ? ».

 Il faut également méditer les versets coraniques comme s’ils se révèlent à l’instant à leur récitateur. Notre devoir envers le Coran ne doit pas être limité à la simple récitation de ses versets ; mais nous devons goûter sa douceur et sentir sa grandeur. Allah dit :

 « Que ne méditent-ils le Coran ? Auraient-ils les cœurs complètement verrouillés[25] ? », « Ne méditent-ils donc jamais le Coran ? S’il émanait d’un autre que Dieu, n’y trouveraient- ils pas de multiples contradictions[26] ? ».

 En effet, les récitateurs du Coran les plus récompensés auprès d’Allah sont ceux qui, en récitant, méditent ses sens :

 « C’est un Livre béni que Nous t’avons révélé afin que les hommes de bon sens en méditent les versets et s’y arrêtent pour réfléchir[27]. ».

  Allah n’a-t-Il pas fait l’éloge du lecteur du Coran qui consolide sa foi par la méditation constante sur ses sens sublimes :

 « Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand le Nom de Dieu est évoqué ; ceux dont la foi augmente quand Ses versets leur sont récités et qui, en tout, s’en remettent à Lui[28]. ». De son côté, Ibn ‘Abass dit : « Quiconque récite le Coran et applique ses enseignements se met à l’abri de la déviation dans la vie d’ici-bas et du malheur dans la vie de l’au-delà. C’est, en effet, une promesse divine comme le démontre bien ces versets : « Quittez tous ces lieux, dit le Seigneur, vous serez ennemis les uns des autres. Attendez-vous à recevoir Mes directives. Celui qui les suivra ne sera ni égaré ni malheureux, [124] tandis que celui qui s’en détournera mènera une vie pleine d’amertume et sera frappé de cécité, lorsque Nous le ressusciterons, le Jour du Jugement dernier. » [125] – « Seigneur, dira-t-il, pourquoi m’as-Tu ressuscité aveugle alors que sur Terre je voyais ? » [126] – « Il en est ainsi, lui dira le Seigneur. Nous t’avons bien envoyé Nos preuves et tu les as négligées ; eh bien, c’est ton tour, à toi d’être négligé ! ».

 En outre, le lecteur du Coran doit se conformer à ses valeurs morales et à ses enseignements éthiques. Ainsi, peut-il se libérer de ses passions dominantes et de ses désirs débridés : « En vérité, ce Coran conduit vers la voie la plus droite ; et annonce à ceux qui croient et font le bien qu’ils auront une belle récompense[29]. ». Dans ce domaine important, il faut prendre pour exemple le Prophète qui se conformait, en toute situation, aux enseignements du Coran comme l’indique la Mère des croyants Aicha : « Son comportement était parfaitement conforme au Coran[30]. ».

 Nous devons accomplir les ordres du Coran et éviter ses interdits. Il ne suffit pas de le réciter ou même de le méditer ; mais il faut faire preuve de soumission totale à ses recommandations. A ce propos, le Prophète dit : « Le Coran est témoin soit en ta faveur ou à ton détriment[31]. ». Certes, le Coran sera témoin contre celui dont le cœur est insensible à ses enseignements et dont le comportement en va à l’encontre.

 Notre devoir envers le Coran exige de faire des grands efforts pour dévoiler la fausseté des interprétations déviées des extrémistes qui se servent malhonnêtement du Coran pour réaliser des fins politiques et idéologiques ou des intérêts personnels. Il incombe à tout Musulman et à toute Musulmane de se référer aux savants spécialistes en la matière qui interprètent le Coran avec intention sincère et sans convoiter des gains profanes.

 Combien le monde a besoin ces jours-ci des lumières spirituelles du Coran ! La crise mondiale n’est, en fait, qu’une crise morale. Aucun livre n’a appelé à l’attachement fervent aux valeurs morales autant que le Coran.

 A notre époque, les Musulmans se sont éloignés des valeurs morales du Coran. Ils doivent déclarer solennellement leur retour à l’éthique coranique et à l’exemple idéal du Prophète au sujet de qui Allah dit : « Tu es certes d’une moralité exemplaire[32] ! ».

 Nous défendons maintenant le Coran dans l’espoir qu’il sera témoin en notre faveur le Jour Dernier : « Le Coran sera amené le Jour Dernier ainsi que ses lecteurs et ceux qui mettaient ses enseignements en pratique. Les sourates al-Baqara et al-’Imran seront alors à sa tête. ». Le Prophète les a comparés à trois choses que je n’ai pas oubliées : « Elles sont comme deux nuages, ou comme deux ombres noires entre lesquelles il y a un éclat ou comme deux bandes d’oiseaux en rang qui défendent ceux qui les lisaient[33]. ».

 Pour toutes ces considérations, les Musulmans doivent le réciter assidûment, méditer ses sens et appliquer ses enseignements. Ils doivent l’apprendre et le faire apprendre à leurs enfants pour que le bien, la miséricorde et la justice règnent dans toute la société. 

[1] Coran, al-Israa, 88.

[2] Coran, Hud, 13.

[3] Coran, al-Baqara, 23.

[4] Coran, al-Baqara, 1,3.

[5] Coran, al-Israa, 9.

[6] Coran, ach-Chura, 52, 53.

[7] Coran, al-Ahqaf, 29, 32.

[8] Sahih al-Boukhari.

[9] Coran, al-Hijr, 9.

[10] Coran, al-Israa, 82.

[11] Coran, Hud, 1.

[12] Coran, Fusselat, 41, 42.

[13] Rapporté par al-Boukhari.

[14] Sunan Abou Daoud.

[15] Rapporté par Muslim.

[16] Sunan at-Termizi.

[17] Rapporté par Muslim.

[18] Recueil d’Ibn Abu Chayba.

[19] Recueil de ‘Abdel Raziq.

[20] Coran, al-‘Imran, 92.

[21] Ibn Maja.

[22] Recueil d’al-Boukhari.

[23] Sunan Abu Daoud.

[24] Coran, al-Qamar, 17.

[25] Coran Muhammad, 24.

[26] Coran, an-Nissa, 82.

[27] Coran, Sad, 29.

[28] Coran, al-Anfal, 2.

[29] Coran, al-Israa, 9.

[30] Recueil de l’imam Ahmad.

[31] Sahih Muslim.

[32] Coran, al-Qalam, 4.

[33] Sahih Muslim.