Le droit de l’enfant à l’éducation et à la bonne formation

awkaf-

Donner un enfant à l’homme est un bienfait qu’Allah accorde à qui Il veut. Ce don divin, qui réjouit les cœurs, vise à assurer la continuité du genre humain : « A Allah appartient la royauté des cieux et de la terre. Il crée ce qu’Il veut. Il fait don de filles à qui Il veut, et don de garçons à qui Il veut, ou bien Il donne à la fois garçons et filles ; et Il rend stérile qui Il veut. Il est certes Omniscient et Omnipotent[1]. »

. L’enfant, pour ses deux parents, est la source de leur bonheur et de leur réjouissance dans la vie : « Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde. Cependant, les bonnes œuvres qui persistent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et [suscitent] une belle espérance[2]. »

 Ce bienfait généreux exige de faire preuve de gratitude et de reconnaissance à l’égard du Seigneur comme l’avait fait le Prophète Ibrahim après avoir été comblé de ce don divin : « Louange à Dieu ! Dans ma vieillesse, Il m’a donné Ismaël et Isaac ! – Mon Seigneur est Celui qui exauce la prière – Mon Seigneur ! Fais que je m’acquitte de la prière, moi, ainsi que ma descendance. Exauce ma prière, ô Notre Seigneur[3] ! ». Remercier Allah pour ce bienfait en assure certes la continuité comme l’indique ce verset coranique : « Votre Seigneur ne vous a-t-Il pas prévenus, en disant : “J’augmenterai Ma grâce, si vous êtes reconnaissants[4]. ». Il faut prendre soin de la bonne formation de l’enfant dans l’espoir de voir naitre une génération qui observe les droits d’Allah et respecte les droits des parents, de la patrie et de la société.

L’Islam accorde un intérêt particulier à l’éducation de l’enfant pour lui assurer une vie heureuse dans l’ici-bas et à l’au-delà. Il s’intéresse même au milieu où il doit être élevé. Il recommande à l’homme de choisir une épouse pieuse pour que l’enfant soit élevé dans une atmosphère islamique où règne le bonheur familial. A ce propos, le Prophète dit : « Choisis la femme pieuse ainsi tu seras gagnant. ».

L’Islam s’est intéressé au sujet de l’enfant avant l’apparition des organisations internationales qui défendent les droits de l’enfant. L’intérêt porté par l’Islam à ce sujet s’explique par le fait que l’enfance est une phase importante et critique dans la vie de l’être humain ; car il s’agit d’une phase préparatoire à la maturité et à la formation de la personnalité. L’Islam a établi les législations qui protègent les droits de l’enfant pour qu’il puisse être un membre efficace dans sa famille et la société toute entière. Le soin accordé par l’Islam à l’enfant commence dès son développement dans le ventre de sa mère. Il lui assure des droits qui doivent être respectés par les deux parents et interdit toute atteinte à son être durant sa vie fœtale. Il a interdit l’avortement et imposé à la femme enceinte de prendre soin de son fœtus tout au long de la période de la grossesse. Il a permis à la femme enceinte de rompre le jeûne de Ramadan si elle a des craintes pour la santé du fœtus. Anas rapporte que le Prophète dit :

 « Allah autorise au voyageur de raccourcir la prière et à l’enceinte et à la nourrice de rompre le jeûne[5]. ».

 De plus, l’Islam recommande aux deux parents de bien choisir le nom de leur enfant. A ce propos, Abu ad-Darda’ rapporte que le Prophète dit : « Au jour du Jugement Dernier, vous serez appelés par vos prénoms et les prénoms de vos parents. Choisissez donc bien vos prénoms ! ». Dans le même sens, Nafi rapporte d’après Ibn ‘Omar que le Prophète dit : « Les prénoms les plus préférés pour Allah sont ‘Abdullah et ‘Abdul Rahman[6]. ».  L’Islam a institué des rites à observer à la naissance d’un enfant : « Le sacrifice (‘Aqiqa) à l’occasion de la naissance d’un enfant doit avoir lieu le septième jour de la naissance où on lui rase la tête et on lui donne un nom[7]. ». Le Prophète réprouvait les mauvais noms qui provoquent le dégoût : « Ne donnez pas à vos enfants le nom Rabaha, Yasara, Aflaha ou Nafi’a[8]. ». En effet, L’Islam nous interdit de donner un mauvais nom à l’enfant pour ne pas le choquer et ébranler la confiance en soi. Un homme vint voir Omar Ibn al-Khattab pour se plaindre de son fils désobéissant. Omar fit venir le fils et le mit en garde contre le fait de désobéir à son père.

– « Ô Emir des Croyants, un fils n’a-t-il pas des droits sur son père ? », dit le fils.

         – « Si », répondit Omar.

         – « Lesquels, ô Emir des Croyants ? ».

  – « Il doit bien choisir sa mère, lui donner un nom convenable et lui apprendre le Coran. », dit Omar.

– « Mon père n’a rien fait de tout cela. Ma mère est une esclave dont l’ancien maitre est un adorateur du Feu. De surcroit, il m’a appelé Djo’l (scarabée) et il ne m’a rien appris du Coran, pas même une seule lettre. », rétorqua le fils.

Omar se tourna alors vers l’homme et lui dit : « Tu es venu te plaindre de l’ingratitude de ton fils. Mais avant qu’il ne soit ingrat envers toi, tu as fait preuve d’ingratitude envers lui et tu lui as fait du mal avant qu’il ne t’en fasse. ».

Sofiane ath-Thawry dit : « Le droit de l’enfant sur son père, c’est de lui choisir un beau nom, de le marier une fois devenu pubère et de l’éduquer bien. ». Sans doute, le beau nom donné à l’enfant l’aide à mener une vie non troublée par la moquerie et la raillerie et lui assure la quiétude psychologique et la paix intérieure.

En outre, l’Islam a déterminé la période de l’allaitement dont doit profiter l’enfant. A ce propos, Allah, le Très-Haut, dit dans le Coran : « Les mères qui veulent parfaire l’allaitement de leurs bébés les allaiteront deux années entières. Le père de l’enfant est tenu de pourvoir à la nourriture et à l’habillement de la mère d’une manière convenable. Mais à l’impossible nul n’est tenu, et un enfant ne doit pas être une source d’ennuis pour la mère ni pour le père. La même obligation incombera, le cas échéant, aux héritiers du père. Si les parents décident d’un commun accord de sevrer leur enfant, cela n’implique aucun inconvénient. De même qu’aucune faute ne vous sera imputée, si vous mettez votre enfant en nourrice, à condition que vous acquittiez la rétribution convenue. Craignez Dieu, et sachez qu’Il voit parfaitement ce que vous faites[9] ! ».

Dans ce verset, Allah, Exalté soit-Il, ordonne à la mère d’allaiter son enfant pour une période de deux ans. Dans cet âge, l’enfant a besoin d’une nutrition propre à lui et qui est de nature à bien former son corps ; sachant que le lait de la mère est le plus nourrissant et le plus approprié à la nutrition de l’enfant. Mais si la mère est empêchée par la maladie d’allaiter son bébé ou bien l’enfant s’abstient de prendre le sein de sa mère, dans ce cas, le père doit chercher une nourrice pour son enfant contre un salaire. Un nombre d’études médicales et psychologiques prouvent que la période d’allaitement désignée par l’Islam est nécessaire pour que le développement physique et psychique de l’enfant se réalise d’une façon exemplaire. Ces études prouvent également que durant cette période l’enfant, attaché à sa mère, goûte la tendresse, la quiétude et la paix intérieure.

En élevant l’enfant, il faut être tendre à son égard et éviter de le rudoyer. La mère des croyants Aicha rapporte que le Prophète lui dit : « O Aicha ! Dieu est doux et Il aime la douceur. Il donne pour la douceur ce qu’il ne donne pas pour la violence ni pour toute autre chose. ». En effet, la correction corporelle sème souvent la haine dans l’esprit de l’enfant et fait de lui une personne rebelle aux conseils de son éducateur. On rapporte quelques hadiths où le Prophète avait l’habitude de chatouiller ses petits-fils al-Hassan et al-Hussein et de les porter sur ses épaules. Toujours le Prophète adoptait la douceur et la tendresse dans toute sa conduite. Ibn Burayda rapporte d’après son père ce hadith : « Un jour pendant que le Prophète prêchait du haut de son minbar que ses petits-fils al-Hassan et al-Hussein sont entrés dans la mosquée en trébuchant. Le Prophète est descendu pour les porter en murmurant cette parole divine : « Certes comme l’a dit notre Seigneur : « Vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation pour vous[10]. ». S’adressant aux fidèles, le Prophète dit : « J’ai vu mes petits marcher en trébuchant. Hors de moi, je me suis vu descendre pour les porter[11]. ».

L’éducateur, père, mère ou autre, doit suivre l’exemple du Prophète et adopter à l’égard de l’enfant une conduite douce et tendre. Il doit corriger ses fautes avec sagesse et habileté et éviter, en le corrigeant, de le brutaliser. La correction physique enracine dans l’enfant la peur, la lâcheté, la timidité excessive et l’hésitation et lui cause des troubles psychologiques très graves. Al-Ahnaf Ibn Qays dit : « Ne sois pas rigide à l’égard de ton enfant pour qu’il n’espère te voir disparaitre de sa vie. ». Pourtant, la punition s’avère parfois importante ; mais elle ne doit pas être adoptée à chaque faute commise par l’enfant.

L’Islam nous recommande également d’établir l’égalité entre nos enfants. En effet, la justice et l’égalité représentent un principe islamique fondamental comme l’indique bien ce verset coranique : « Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’accomplissement de vos devoirs envers Dieu, et impartiaux quand vous êtes appelés à témoigner ! Que l’aversion que vous ressentez pour certaines personnes ne vous incite pas à commettre des injustices ! Soyez équitables, vous n’en serez que plus proches de la piété ! Craignez Dieu ! Dieu est si bien Informé de ce que vous faites[12]. ».

Le Prophète ordonne aux deux parents d’adopter ce principe en se comportant avec leurs enfants. Al-Nu’mân Ibn Bachir rapporte : « Mon père m’offrit quelque chose et ‘Umra Bent Rawâha, ma mère, lui dit : « Je n’accepterai cela qu’une fois que tu auras fait témoigner le Messager d’Allah de ton geste. ». Mon père se rendit alors auprès du Messager d’Allah et lui dit : « J’ai offert quelque chose au fils que j’ai avec ‘Umra Bent Rawâha, mais cette dernière m’ordonna de te faire témoigner de mon geste, O Messager d’Allah. ». Le Prophète lui demanda : « As-tu donné la même chose à tes autres enfants ? » – « Non. », répondit-il. Le Prophète dit alors : « Craignez Allah et soyez équitables avec vos enfants[13]. ».

L’équité à l’égard des enfants enracine en eux la valeur de la fraternité et fait d’eux des membres efficaces dans la société. En revanche, l’iniquité à leur égard fait d’eux des enfants désobéissants à leurs parentes et sème dans leur esprit une haine réciproque. Un nombre d’études psychologiques prouvent que les troubles psychiques et sociaux qui frappent l’enfant sont dus à son sentiment d’injustice et d’inégalité.  L’histoire du Prophète Youssef et de ses frères en est une remarque révélatrice : « Joseph et son frère sont plus chers à notre père que nous, bien que nous soyons plus nombreux qu’eux. C’est là une préférence injuste de sa part. Tuez donc Joseph, dirent-ils, ou éloignez-le quelque part, et de cette façon vous jouirez tout seuls de l’affection de votre père et vous serez, après sa disparition, des gens bien considérés[14]. ».

L’Islam ordonne également aux deux parents de donner à l’enfant une éducation religieuse qui le met à l’abri des tentations et des voies du mal : « Ô vous qui croyez ! Préservez vos personnes et vos familles de l’Enfer qui se nourrit d’hommes et de pierres, et dont la garde est assurée par des anges inflexibles et sévères, qui ne désobéissent jamais à leur Seigneur et qui exécutent tout ce qu’Il leur ordonne[15]. ».

Apprendre à l’enfant les enseignements et les principes religieux est une obligation religieuse et fait partie des droits de l’enfant sur ses deux parents. Dans ce sens, Ibn ‘Abass nous rapporte ce hadith : « Un Compagnon dit au Messager d’Allah : « O Messager d’Allah ! Nous avons déjà appris les droits des parents sur leur enfant ; mais nous ne savons pas encore les droits de l’enfant sur ses deux parents. », et le Messager de répondre : « C’est de lui donner un beau nom et de l’éduquer bien. ».

L’éducation donnée à l’enfant doit se faire avec douceur et délicatesse comme le faisait le Prophète. Ibn ‘Abass dit : « J’étais une fois assis en croupe sur la monture du Prophète quand il me dit : « Jeune homme ! Je vais t’enseigner ces quelques paroles : Observe les commandements de Dieu et Dieu te préservera. Observe les commandements de Dieu et tu trouveras Dieu à tes côtés. Quand tu demandes quelque chose, demande-la à Dieu. Quand tu as besoin d’aide, demande-la à Dieu. Sache que si tout le monde s’associait pour te faire du bien, ils ne pourront le faire que le bien que Dieu a déjà écrit pour toi. Que s’ils se coalisaient tous pour te faire du mal, ils ne pourraient te faire que le mal que Dieu a déjà écrit pour toi. Les plumes du destin se sont depuis longtemps arrêtés d’écrire et l’encre des pages (du destin) est désormais bien sèche[16]. ». Dans un autre hadith, le Prophète met l’accent sur l’importance de la douceur en éduquant l’enfant : « Alors que j’étais enfant sous la charge du Prophète, [durant un repas,] ma main se promenait autour du plat, le Prophète me reprit en ces termes : « O enfant, mentionne le Nom de Dieu [avant de commencer], mange de la main droite et mange ce qui se trouve devant toi[17]. ».

L’imam al-Ghazali dit : « L’enfant est un dépôt confié aux deux parents. Il est né pur et innocent. Il faut l’habituer à faire le bien pour qu’il soit heureux dans la vie d’ici -bas et dans celle de l’au-delà. ».  Donc, les parents ou l’éducateur doivent être, pour l’enfant, un exemple à suivre. Ils doivent se parer de bons caractères et être conscients que l’enfant imite leur conduite, bonne ou mauvaise. A cet effet, un poète arabe dit :

La conduite de l’enfant est le reflet de ce que ses deux parents lui ont déjà appris.

 Il est à noter également que l’enseignant à l’école joue un rôle important dans l’éducation de l’enfant. Il représente, en fait, les valeurs de la société et il doit éduquer les enfants sur les valeurs et les traditions de la société où ils vivent. En effet, la bonne formation de l’enfant est la responsabilité de toute la société et il incombe à chacun de nous d’assumer bien cette responsabilité sociale : « Vous êtes tous comme des bergers à qui on demanderait compte de leurs troupeaux. Le chef est un berger, l’homme est le berger de sa propre famille, la femme est la bergère de la maison de son mari et de ses enfants. Vous êtes tous bergers et vous êtes tous responsables de l’objet de votre garde[18]. ».

Enfin, nous devons aspirer à un avenir meilleur pour nous et nos enfants. Nous ne pouvons pas vivre sans espoir. Le pessimisme, la déception, le découragement sont au regard de l’Islam des péchés majeurs comme l’indique bien ce hadith : ‘Abdullah Ibn ‘Abass rapporte qu’un homme est venu interroger le Prophète : « O Messager d’Allah ! Quels sont les péchés majeurs ? », « Donner à Allah un associé et désespérer de Sa bonté et Sa miséricorde. Quiconque s’en met à l’abri entrera certes au Paradis. ».

[1] Coran, ach-Chura, 49-50

[2] Coran, al-Kahf, 46.

[3] Coran, Ibrahim, 39-40.

[4] Coran, Ibrahim, 7.

[5] Rapporté par An-Nassai.

[6] Sunan Abu Daoud.

[7] Sunan at-Termizi.

[8] Sahih Muslim.

[9] Coran, al-Baqara, 233.

[10] Coran, at-Tagaboun, 15.

[11] Sunan an-Nissai.

[12] Coran, al-Ma’ida, 8.

[13] Rapporté par al-Boukhari.

[14] Coran, Youssef, 8, 9.

[15] Coran, at-Tahrim, 6.

[16] Rapporté par at-Termizi.

[17] Rapporté par Muslim.

[18] Recueil d’al-Boukhari.